Valeurs LESSAJ

Local

Vivre en fonction des ressources disponibles à proximité du lieu où on se trouve

À l'ère de la mondialisation, le Québec ne fait pas exception: comme les autres peuples occidentaux, nous avons maintenant accès à une multitude de produits venus des quatre coins du monde. Nos supermarchés se démarquent grâce à leurs gammes d'aliments exotiques, nos magasins à rayons débordent de nouveaux gadgets importés de Chine et les nouvelles technologies nous permettent de communiquer avec des habitants de l'autre bout de la planète.

Pourtant, cette abondance va de pair avec un appauvrissement, entre autres en ce qui a trait à la qualité des relations humaines, au sentiment d'appartenance à une communauté, à la santé physique et mentale: " D'autre part, nos gouvernements restent profondément aveuglés par la notion selon laquelle la croissance économique va de pair avec l'amélioration de la qualité de vie. " 1

Si le développement de la mondialisation avait réellement apporté une amélioration de la qualité de vie et du bien-être, on pourrait se demander pourquoi nous nous retrouvons devant un nombre grandissant de dépressions, de burn-out et de suicides?

La situation est complexe mais prenons l'exemple de l'alimentation. Dans les cultures traditionnelles, celle-ci est indissociable de la vie familiale, sociale, culturelle et politique et de l'ensemble de l'économie (habitation, habillement, etc,). Manger nous relie au monde qui nous entoure, à notre communauté, à la terre où nous vivons. Dans le système actuel, la tendance à vouloir isoler les différents secteurs de l'économie et à concevoir l'alimentation d'une façon strictement rationnelle et productiviste nous amène bien souvent à oublier les besoins de la nature (environnement) et de notre nature (santé, bien-être, relations humaines).

Ainsi, la nourriture, sans laquelle aucun être humain ne pourrait survivre et qui répond donc à un besoin fondamental, en est venue, néanmoins, à être considérée comme une marchandise.

Les avantages du système agricole à petite échelle par rapport au système industriel

On entend souvent l'argument selon lequel le système en place est efficace et moins coûteux pour le consommateur. Nous devrions rappeler que : " la montée des transnationales n'est pas due à leur efficacité mais plutôt à leur habileté à se décharger de leurs frais sur la population, ou encore sur les générations à venir. " 2

Selon le chercheur britannique Jules Pretty : " les consommateurs paient trois fois leurs aliments : une fois à la caisse, une deuxième fois par l'entremise de leurs impôts qui servent en grande partie à financer la grande industrie agroalimentaire et une troisième fois quand vient le temps de réparer les dégâts causés par ce système. " 3

" (...) si ces fonds favorisaient plutôt les producteurs biologiques locaux, ceux-ci seraient en mesure d'offrir aux consommateurs les produits les moins chers sur le marché. " 4

En plus de générer de la pollution en tous genres, le mode de production industriel visant l'exportation des aliments nécessite une immense consommation d'énergie, que ce soit pour la production, la transformation ou le transport des aliments d'un bout à l'autre de la planète. L'agriculture à petite échelle, locale et diversifiée est moins polluante et moins énergivore à la fois dans ses méthodes de production et parce qu'elle ne demande pas de systèmes de distribution aussi complexes.

Le système agricole local permet de réduire les " kilomètres alimentaires ", c'est-à-dire la distance que doivent parcourir les aliments pour atteindre le consommateur.

En effet, les aliments consommés quotidiennement par les Américains ont parcouru en moyenne 2500 kilomètres entre leur lieu de production et l'assiette. On retrouve le même phénomène au Québec, même lorsqu'il s'agit d'aliments qui se cultivent très bien chez nous. Par exemple, en 2000, nous avons importé presque deux fois plus de pommes que nous en avons exportées. 5 C'est ainsi qu'on se rend compte qu'une grande partie de ce commerce est inutile : il ne répond pas à un besoin, mais simplement aux lois du marché international.

On peut aussi dire que plus un produit est transformé, plus on voit augmenter le nombre de " kilomètres alimentaires " qu'il parcourt. On le verra souvent passer de son lieu de production au lieu de transformation, puis au lieu d'emballage pour être ensuite transporté chez le centre de distribution qui le redistribuera finalement à travers les supermarchés à travers le pays et parfois à travers la planète. Malgré quelques efforts déployés récemment, les supermarchés ne sont pas conçus pour favoriser les aliments locaux.

" Les grandes chaînes d'alimentation, qui offrent souvent exactement les mêmes aliments dans tous leurs points de vente, n'ont guère tendance elles non plus à favoriser les produits locaux. En fait, si chaque supermarché intégrait à son inventaire une quantité substantielle de produits de sa région, cela compromettrait les structures mêmes du système agroalimentaire mondial ainsi que les profits des actionnaires sur lesquels il repose. " 6

Comment vivre et manger plus "local"?

Parce que les aliments issus du système agricole local de petite échelle ne sont pas encore accessibles à tous, un projet a commencé à être discuté, celui d'une épicerie permanente située dans la métropole mais qui s'approvisionnerait directement chez les petits producteurs des régions environnantes. Cette épicerie à but non lucratif sélectionnerait ses aliments et s'organiserait en fonction des valeurs LESSAJ; elle permettrait à plus de producteurs de la région de vendre leurs aliments à un prix juste et à plus de personnes en ville d'y avoir accès.

Pour quelques types d'aliments qui ne se trouvent pas dans les environs de Montréal, nous considérons l'idée d'élargir notre base d'approvisionnement au Québec et dans certains cas à l'Ontario et au Nord-Est des États-Unis (Vermont, Maine, N.-Y.), tout en restant dans un rayon minimal. Les véhicules utiliseraient des carburants écologiques.

Outre ce projet, il y a aussi plusieurs autres façons d'encourager le développement du système agro-alimentaire local. Nous pouvons faire des pressions pour davantage de subventions aux fermes biologiques de petite taille et de financer l'ouverture de nouveaux marchés publics qui permettront aux producteurs de vendre leurs aliments sans intermédiaire.

De façon individuelle, nous pouvons déjà commencer par porter attention aux produits que nous consommons. Par l'entremise de l'organisme Equiterre, il est possible de s'inscrire à l'A.S.C. (Agriculture soutenue par la communauté) qui permet de recevoir des légumes directement de la ferme. Pour plus de détails, voir la section Agriculture écologique du site: www.equiterre.org Pour ceux qui ont une voiture, il est possible d'aller soi-même chercher des aliments chez les producteurs de la région (mais à condition que la distance à parcourir ne soit pas trop longue ou encore d'y aller peu souvent et de faire des réserves).

Ceux qui habitent la ville peuvent s'approvisionner dans les marchés publics qui comptent une grande variété d'aliments provenant directement des producteurs (même s'ils ne sont pas toujours biologiques). Lorsqu'on n'a d'autre choix que de s'approvisionner dans un supermarché, on peut tout de même prendre d'observer la provenance des aliments et privilégier ceux qui viennent d'ici.

Le recueil " Pour manger local, sain et abordable " contient plusieurs autres suggestions pratiques.

Au delà de la nourriture, plusieurs mouvements étendent ce principe pour promouvoir des modes de vie, des économies et des cultures qui reposent sur les ressources et les savoir-faire locaux, en affirmant l'importance de s'approvisionner, mais aussi de vivre et de produire dans le respect du lieu où nous habitons, de ses écosystèmes et de ses ressources particulières.

Nous pouvons aussi nous impliquer davantage dans nos communautés, qu'il s'agisse d'un quartier, d'un village ou tout simplement d'un groupe de gens avec qui nous partageons des affinités. Ceci nous permet de retrouver une culture et une vie économique qui nous convienne et qui soit propre à chaque communauté plutôt qu'imposée par le système mondialisé.

Le local, c'est se couper du reste du monde ?

" Favoriser l'économie locale, ce n'est pas se couper du reste du monde mais choisir d'encourager les entreprises locales qui utilisent judicieusement les ressources locales, emploient des travailleurs de la région payés décemment et visent avant tout un marché local. Pour une communauté, cela implique de miser sur une autosuffisance accrue et de réduire sa dépendance envers l'extérieur. Le pouvoir, auparavant réservé au conseil d'administration de lointaines entreprises, lui reviendra ainsi de droit. " 7

L'échange entre les peuples peut être extrêmement enrichissant, de part et d'autres. Or, il y a tant de choses que nous pouvons partager, pourquoi se limiter aux biens matériels ? Nous pouvons très bien échanger les arts, la culture, le savoir-faire traditionnel, les connaissances scientifiques et technologiques. Comme un arbre, une communauté doit d'abord prendre racine afin de mieux étendre ses branches vers le monde. Il ne s'agit donc pas de se replier sur soi-même, bien au contraire, mais de savoir s'ouvrir à ce qui est vraiment bon pour nous.


_________

1. Todd Merrifield, Helena Norberg-Hodge et Steven Gorelick, Manger Local, Écosociété, Montréal, 2005, p. 94
2. Ibid. (même livre), p. 90
3. Ibid. p. 90
4. Ibid. p. 89
5. Laure Waridel, L'envers de l'assiette, Écosociété, Montréal, 2003, p. 38
6. T. Merrifield, H. Norberg-Hodge et S. Gorelick, op. cit., p.83
7. Michael H. Shuman, Going local, Free Press, 1998, cité par T. Merrifield, Ibid. p.121



Retour à l'index des valeurs

Retour à l'accueil

Questions ou commentaires, nous écrire